top of page

6 août 1945 : Hiroshima (versus « La fille qui sauva Hiroshima » de Stéphane Desienne)

  • Photo du rédacteur: Les noix
    Les noix
  • 16 mars
  • 5 min de lecture

Stéphane Desienne est auteur, ingénieur de Recherche au CEA (Direction des sciences de la vie), et passionné des sciences physiques et de géopolitique. 

Dans son roman, « La fille qui sauva Hiroshima » (Gephyre éditions, 2025), il nous emmène dans les coulisses états-uniennes des bombes nucléaires qui ont rasé (ou pas) Hiroshima et Nagasaki au Japon, à la fin de la seconde guerre mondiale. 

————————————-


L’équipage du B-29 qui lâcha la bombe nucléaire, « Little Boy », sur Hiroshima, le 6 août 1944 (avant la mission)
L’équipage du B-29 qui lâcha la bombe nucléaire, « Little Boy », sur Hiroshima, le 6 août 1944 (avant la mission)

« La fille qui sauva Hiroshima », Stéphane Desienne



« Je pris une canette de bière au réfrigérateur avant de gagner la pièce principale. Sans m’asseoir. Je tournai autour des feuillets, des diagrammes, des photos, des rapports météorologiques. Les conditions étaient idéales au-dessus de Hiroshima ce 6 août 1945, ciel dégagé, vent léger, pas de quoi dévier un projectile de cette taille et cette masse sur plusieurs kilomètres. Tout au plus aurait-il dérivé sur deux cents ou trois cents mètres. Contrairement à Fat Man, il n’existait aucune photographie publique de Little Boy. Je me baissai pour ramasser un cliché, unique, top secret, jamais divulgué, pris sous le ventre de l’appareil avant son montage, ce qui aurait à coup sûr valu un Pulitzer à son auteur. Si d’autres photographies avaient été prises, ce qui était l’usage dans la plupart des programmes militaires d’importance, alors elles avaient été retirées des archives, peut-être détruites. J’éprouvai une impression de malaise devant cette capsule de puissance terrifiante enfermée dans son enveloppe d’acier. La création sinistre, d’une conception simple, brutale, évoquait un sombre poème de la science détournée, une œuvre d’art funeste, une sculpture de destruction, façonnée non pas par les mains des artisans de la paix, mais par celles des ingénieurs de la fin. Une leçon de physique appliquée à la guerre. »

Extrait (p 40) de « La fille qui sauva Hiroshima », Stéphane Desienne, Gephyre édition, 2025


« La fille qui sauva Hiroshima » est ce qu’en littérature, on appelle une uchronie. Autrement dit, Stéphane re-visite l’Histoire réelle, si ce n’est qu’un événement en a été modifié. 

En l’occurence, il part du principe que le 6 août 1945, la bombe nucléaire sur Hiroshima a bien été larguée sur la ville… mais qu’elle a disparu sans exploser.

Le personnage principal, narrateur dans l’extrait, est un historien mandaté, en 1960, par le président Eisenhower pour enquêter sur le pourquoi de l’échec de la mission. Que s’est-il passé exactement ? Qu’est devenue la bombe ?

C’est l’occasion pour le lecteur de plonger dans l’Histoire géopolitique de Little Boy et des Etats-Unis d’après-guerre, et de mener à son tour l’enquête en se demandant quels faits - et personnages - ne relèvent pas de la réalité mais de l’uchronie et de l’imaginaire de l’auteur. 

Une histoire (sans majuscule, cette fois) à la fois érudite et haletante.


Quant à la réalité, voici un résumé du contexte géopolitique de l’époque et des conséquences de Hiroshima et Nagasaki.


6 août 1945, Hiroshima : le jour où un petit garçon a tué d’un coup 78 150 personnes


Le petit garçon - en anglais : Little Boy - n’en était pas un ; c’était le petit nom de la première bombe atomique utilisée en situation réelle. Elle éradiqua, en quelques minutes, la ville japonaise de Hiroshima, le 6 août 1945. 78 150 morts sur le coup, environ 120 000 en comptant les irradiés qui décédèrent ensuite.


NB : À noter que les responsables de ce massacre à grande échelle étaient, eux, tous adultes, et qu’aucun ne fut tué ni jugé pour crime de guerre par la suite.



Hiroshima, après la bombe atomique du 6 août 1945
Hiroshima, après la bombe atomique du 6 août 1945

En août 1945, la seconde guerre mondiale était terminée depuis le mois de mai en Europe, mais les Etat-Unis et le Japon restaient en guerre. 

La bombe Little Boy, ainsi que la suivante, car il y en eut une autre - Fat Man - sur Nagasaki trois jours plus tard, furent longtemps justifiées officiellement comme le moyen de mettre un terme immédiat à la guerre. 

Depuis, des « secret défense » sur les archives ont été levés et les dessous de l’affaire sont devenus publics. Les historiens s’accordent désormais à dire que le massacre d’Hiroshima n’accéléra probablement pas la capitulation du Japon, et ne fut certainement pas la raison prioritaire de la décision d’utiliser Little Boy, et encore moins Fat Man, la bombe suivante. 

En effet, des pourparlers diplomatiques envisageant la reddition du Japon, étaient déjà engagés depuis des mois, car d’autres bombardements états-uniens, non nucléaires mais tout autant meurtriers, avaient déjà rendu le japon exsangue. De plus, l’URSS déclara la guerre au Japon le 8 août, autrement dit avant que les premiers rapports sur Hiroshima n’atteignent les bureaux des dirigeants nippons, et avant le bombardement de Nagasaki qui eut lieu le lendemain. Faire face à la fois aux Etats-Unis et à l’URSS n’était pas possible pour le Japon.


Au final, ce qui est sûr, c’est que l’annihilation d’Hiroshima et de Nagasaki et de leurs populations civiles fut une telle démonstration de puissance létale, cynique (« petit garçon », vraiment ?!) et technologique qu’elle marqua les esprits du monde entier et assura - assure encore en Occident - la suprématie politico-économique des Etats-Unis, et déclencha la « guerre froide » entre leur « bloc des pays de l’OTAN » et celui « de l’Est » dirigé par l’URSS.


L’équipage du B-29 qui lâcha la bombe nucléaire, « Little Boy », sur Hiroshima, le 6 août 1944 (au retour)
L’équipage du B-29 qui lâcha la bombe nucléaire, « Little Boy », sur Hiroshima, le 6 août 1944 (au retour)

————————————

En savoir plus sur...


« La fille qui sauva Hiroshima » , Stéphane Desienne, Gephyre éditions, 2025 (papier ou numérique)

« Une uchronie pour plonger dans l’histoire du premier bombardement atomique de l’Histoire, entre Hiroshima 1945 et Columbia 1960.

Un récit à deux voix : Hitomi – jeune Japonaise qui rêve de son frère aviateur -, et Grant – ami du Président mandaté pour enquêter sur un drôle de ratage… »



Noisette : Dans la réalité, le dôme que l’on voit sur la couverture de la version numérique de La fille qui sauva Hiroshima a été partiellement détruit par la bombe A, et les photos de ses ruines sont emblématiques du massacre. Mais, pour cette couverture, Paul Cosquer, son créateur, a réussi à dénicher l’une des rares photo du dôme où il est intact.


et sur Stéphane Desienne

« Auteur de science-fiction de langue française, dealer de pulp et de space-opera, fabrique de l’imaginaire. »


Son profil FB : Stéphane Desienne  


————————

Contributeurs : Macada et la fille qui sauva Hiroshima (roman de Stéphane Desienne)


Références et crédits

• « La bombe nucléaire a-t-elle fait capituler le Japon ? », article de Géo magazine, 3 août 2023

• « La première bombe atomique », Fiche pédagogique sur la bombe atomique, Espaces « Seconde guerre mondiale », musée de l’armée (https://www.musee-armee.fr/fileadmin/user_upload/Documents/Support-Visite-Fiches-Objets/Fiches-1939-1945/MA_fiche-objet-bombe-atomique_01.pdf)

(Je ne mets que 2 références mais pas de souci pour se noyer dans la doc sur le sujet,  le web en est plein…)


• « La fille qui sauva Hiroshima », Stéphane Desienne, Gephyre éditions, 2025 (papier ou numérique)


Images :

L’équipage du B-29 qui lâcha la bombe nucléaire, « Little Boy », sur Hiroshima, le 6 août 1944 (avant la mission), photo US Air Force, domaine public, 1945

L’équipage du B-29 « Enola Gay » après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima, le 6 août 1945, photo US Air Force, domaine public, 1945

Hiroshima, après la bombe atomique du 6 août 1945, photo du domaine public (Universal images group/universal history archive/ uig/album)

• Les couvertures papier et numériques de « La fille qui sauva Hiroshima » (Paul Cosquer, Gephyre éditions)

Commentaires


bottom of page