Entre terre et ciel - Céramiques issues des collections du Metropolitan Museum of Art de New-York
- Maud Lucien

- il y a 1 jour
- 7 min de lecture
Le Metropolitan Museum of Art de New-York met gratuitement à la disposition des internautes 375 000 photographies d'oeuvres d'art appartenant au domaine public, sous licence Creative Commons Zéro. Les reproductions sont téléchargeables en haute définition et sont utilisables pour tout type d'usage, qu’il soit privé, éducatif ou commercial.
Thomas Campbell, directeur du musée, a affirmé qu' "améliorer l’accès à la collection du musée répond aux intérêts et aux besoins de notre public du XXIe siècle en offrant de nouvelles ressources à la créativité, aux connaissances et aux idées".
Sur cette page, le musée propose des milliers d'images d'œuvres du domaine public que vous pouvez télécharger, partager et réutiliser librement : https://www.metmuseum.org/hubs/open-access
Vous pouvez également effectuer une recherche directement dans leur catalogue général via ce lien : https://www.metmuseum.org/art/collection

Une fois dans le moteur de recherche du catalogue, vous pouvez cocher le filtre "Open Access" pour n'afficher que les œuvres libres de droits.
Je vous propose de découvrir ici une sélection personnelle de onze céramiques, en lien avec la thématique de l'oiseau, qui ont plus particulièrement retenu mon attention, ainsi que quelques détails sur ces oeuvres fascinantes.
Pour le moment, sur le site du Metropolitan Museum, les annotations ne sont pas encore traduites en français, je vous encourage à les consulter en anglais, si vous souhaitez plus de détails et des références bibliographiques en lien. Je n'ai fait que traduire, les éléments qui me paraissaient les plus significatifs.
Vous pouvez cliquez sur les images de la galerie pour les agrandir et les faire défiler,
et consulter les notes en dessous de la galerie, pour obtenir quelques indications sur les origines et la datation de ces pièces...
Statuette d'oiseau / Artiste de la civilisation du Moyen-Niger, Mali, delta intérieur du Niger, XIIIe–XIVe siècle
Sifflet en forme de personnage à tête d'oiseau / Veracruz, Mexique, VIII-IXe siècle
Cette figurine en céramique témoigne du style décoratif de Veracruz.
L'objet est en réalité un sifflet ; sa fonction musicale combinée aux compositions créatives et fantaisistes qui le caractérisent lui confèrent un air de cérémonie et de célébration.
Bouteille en forme de faucon / Paracas, IIIe–IIe siècle av. J.-C.
La forme du récipient rappelle celle des vases à double goulot et pont, une forme classique de la culture Paracas sur la côte sud du Pérou (700 av. J.-C. – 1 apr. J.-C.). De nombreux vases Paracas à double goulot servaient d'objets musicaux animés, l'un des deux goulots contenant un sifflet. Le bec de l'oiseau sur ce récipient est ouvert, et il est probable que l'oiseau sifflait lorsque le liquide était versé par son bec. Ces vases siffleurs à thème aviaire soulignent l'importance du son et de la musique au sein de l'environnement rituel Paracas. La musique était importante dans les sociétés andines : elle jouait un rôle majeur dans les rituels funéraires pour communiquer avec les ancêtres, pour guérir les maladies, ainsi que lors des fêtes et célébrations communautaires (voir l'essai d'Hélène Bernier sur la musique andine *).
* Bernier, Hélène. « Music in the Ancient Andes. » Dans The MET Heilbrunn Timeline of Art History. New York : The Metropolitan Museum of Art, 2000–. www.metmuseum.org/toah/hd/muan/hd_muan.htm (publié initialement en août 2009, révisé en dernier lieu en avril 2010).
Statuette en terre cuite d'une femme au visage d'oiseau / Chypriote, vers 1450–1200 av. J.-C.
Cette figurine est caractéristique de l'art coroplathique chypriote de ces périodes du Chypriote. Ce type de statuette, au triangle pubien accentué et à la poitrine bien visible, serait probablement d'origine syrienne, mais les sculpteurs chypriotes en ont créé leurs propres variantes. Faite à la main et creuse, sa surface a été lissée. Ses yeux sont formés de pastilles entourées d'anneaux. Chaque grande oreille plate présente deux perforations, contenant chacune une boucle d'oreille.
Compte-gouttes à eau en forme d'oiseau / Chine, Dynastie Qing (1644–1911)
Grès à glaçure verte de dimensions : H. 15,2 cm ; l. 15,9 cm
Bol au motif d'oiseau / Artiste(s) des Hautes-Terres centrales 1200–900 av. J.-C.
Un potier a fabriqué ce bol en terre noire, légèrement évasé, en utilisant la technique dite du colombin, puis il a peint sa surface avec un engobe foncé, composé de minéraux dissous dans l'eau.
Soit lorsque l'argile avait la consistance dite du cuir, soit après la cuisson, un artiste a créé un motif autour du corps du récipient, mettant en scène un oiseau au long bec et des motifs de volutes, qui se détachent de surfaces évidées et incisées de hachures croisées et de motifs circulaires. L'oiseau est stylisé de manière simple, avec une seule surface incisée représentant son œil tourné vers le haut.
Dans l'art olmèque, l'imagerie aviaire servait à canaliser les pouvoirs des rapaces ou des oiseaux aquatiques pour les transférer à des objets de pouvoir. Le contraste de texture de la surface donne l'impression que l'oiseau se trouvait dans un lieu ou un contexte spécifique. Les récipients en céramique olmèques — qui vont de formes élégantes et simples aux surfaces bien finies à des effigies naturalistes sculptées, en passant par des pièces aux décors complexes gravés ou incisés — ont survécu en grand nombre, tant sur la côte du Golfe que dans les communautés contemporaines du centre du Mexique. Ils ont pu servir de vases de banquet, du vivant de leurs propriétaires, puis d'offrandes funéraires à leur mort...
Jarre en forme d'oiseau / Artiste(s) moche(s), 200–800 apr. J.-C.
Cette jarre représentant une figure assise avec une tête d'oiseau et un corps humain a été créée sur la côte nord du Pérou par des artistes de la culture Moche (200–850 apr. J.-C.). Les potiers moches sont réputés pour leurs céramiques raffinées, elles témoignent d'une observation attentive de la flore et de la faune, ainsi que pour leurs créations imaginatives mêlant des caractéristiques humaines et animales.
Ici, l'artiste a sculpté un récipient en forme de personnage à tête d'oiseau, vêtu de la tenue des femmes moches : une longue tunique et une ceinture. Le personnage lui-même tient une jarre en céramique, décorée d'un motif simple au niveau du col. L'extérieur de l'ensemble de la bouteille a été peint avec des engobes (suspensions d'argile et/ou d'autres colorants dans l'eau) de couleur crème et ocre rouge, puis poli à l'aide d'une pierre lisse ou d'un autre outil avant la cuisson.
La signification de cette représentation anthropomorphe est incertaine, les Moches mettaient souvent en scène des animaux dans des combats, des chasses et des scènes rituelles. Des oiseaux vêtus d'une manière similaire à cet exemple sont illustrés sur plusieurs céramiques moches peintes dans un style connu sous le nom de "ligne fine" (fineline). Dans ces scènes, les oiseaux anthropomorphes semblent être des serviteurs rituels, interchangeables avec des servantes.
Il est difficile d'identifier l'espèce de l'oiseau. Bien que les artistes moches se soient souvent montrés très précis dans la représentation d'animaux spécifiques, cet exemple semble être un oiseau générique. L'examen d'autres représentations moches d'oiseaux serviteurs révèle une grande liberté dans la représentation de caractéristiques telles que la forme du bec et la coloration. Les oiseaux ont pu jouer un rôle important dans les cérémonies moches, mais il est possible qu'aucun type d'oiseau spécifique n'ait été requis.
Au cours de quelque six siècles, les Moches ont bâti des centres régionaux prospères, de la vallée du fleuve Nepeña au sud jusqu'à peut-être la rivière Piura au nord, près de la frontière moderne avec l'Équateur. Ils ont transformé les déserts côtiers en riches terres agricoles et ont exploité les abondantes ressources maritimes du courant de Humboldt dans l'océan Pacifique.
Récipient en forme d'oiseau / Corée, IIIe siècle
Des récipients à pied, en forme d'oiseau comme celui-ci, apparaissent par paires sur des sites funéraires du sud de la péninsule coréenne. Ces céramiques servaient probablement d'objets rituels funéraires. Les radiographies révèlent que la tête et le cou de cet exemplaire ont été fabriqués séparément avant d'être fixés au corps. Le scan montre un intérieur creux destiné à contenir et à verser du liquide. Sont également visibles des réparations au niveau de la « crête » (style mohawk !), de l'ouverture arrière et de la base cannelée, cette dernière étant renforcée par une agrafe métallique.
Boîte à encens (Kōgō) en forme d'oiseau / Miyagawa Chōzō, Japon, première moitié du XIXe siècle
Après avoir fait son apprentissage auprès d'Aoki Mokubei (1767–1833) pour apprendre les techniques de la poterie, Miyagawa Chōzō a ouvert un nouveau four à Makuzugahara, dans le quartier de Higashiyama à Kyoto. Ayant reçu le nom d'artiste « Makuzu » de la part de Yasui no Monzeki, un moine retiré de la secte Shingon (bouddhisme ésotérique), il commença à produire la « céramique de Makuzu » (ou Makuzu-yaki). Il est le père de Miyagawa (Makuzu) Kōzan I (1842–1916), célèbre artiste céramiste de l'ère Meiji.
Sculpture d’oiseau / Nord-ouest de l’Iran, vers 1000 avant notre ère (av. J.-C.). Dimensions : 16,69 x 25,6 cm.
Grand oiseau / R. W. Martin et Frères, Angleterre, 1896
Déterminés à faire en sorte que les récipients en céramique soient considérés comme de véritables œuvres d'art, des céramistes d'avant-garde en Europe, au cours des dernières décennies du XIXe siècle, ont transformé leur métier en une entreprise intellectuelle et émotionnelle.
Les pionniers de ce renouveau étaient les français Jean Carriès, Ernest Chaplet, Théodore Deck et Auguste Delaherche. Ces artistes-potiers ont embrassé les traditions artisanales tout en recherchant des techniques perdues grâce à leurs nombreuses expérimentations. Réagissant à ce qu'ils considéraient comme un usage excessif et inapproprié de l'ornement, ils ont célébré la simplicité et la sincérité de leur support, suivant les principes du style Art nouveau qui émergeait alors en Europe.
S'appuyant sur les fondements du mouvement britannique Arts and Crafts, ces artistes cherchaient à "réformer" les arts décoratifs en mettant l'accent sur la pièce unique, et le retour à l'artisanat. Ces potiers ont puisé leur inspiration dans la céramique asiatique, en particulier le grès japonais (un type de poterie dur et dense), qui avait été présenté en 1878 à l'Exposition universelle de Paris, ainsi que dans les formes, les glaçures et les techniques de la porcelaine et de la poterie chinoises. Ils se sont également tournés vers les traditions européennes, telles que le grès rustique émaillé au sel des XVIe et XVIIe siècles, ainsi que la sculpture et l'architecture gothiques.
Bouteille à double compartiment / Artiste(s) vicús, 100 av. J.-C.–500 apr. J.-C.
Les céramiques vicús se caractérisent par une pâte orangée rehaussée d'une peinture noire à réserve (négatif) et d'une peinture blanche appliquée après la cuisson. Pour obtenir ce motif négatif par réserve, la composition était d'abord détourée avec une peinture aqueuse faisant office de couche protectrice, après que le récipient eut été poli et cuit. Ensuite, la céramique subissait une seconde cuisson à basse température, permettant à la fumée de noircir les surfaces non protégées. Enfin, la couche protectrice était retirée, révélant la couche plus claire située en dessous.
Ce type de récipient à double compartiment intègre un sifflet dans la tête de la plus grande figurine. Lorsque le liquide passe d'un compartiment à l'autre à travers le tube qui les relie, il chasse l'air à travers le sifflet, créant un gazouillis d'oiseau. Ce son peut également être obtenu en soufflant directement par le goulot.
La culture Vicús était contemporaine de la civilisation Moche (située plus au sud sur la côte du Pérou), plus vaste, dans l'orbite de laquelle elle a fini par être intégrée. La forme à double compartiment de ces bouteilles vicús a probablement vu le jour plus au nord, dans ce qui correspond aujourd'hui à l'Équateur.


























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