En bref sur les otaries, les phoques, les requins et les orques (cf. « Svarmo » de C. Garand)
- Les noix

- 16 mars
- 4 min de lecture
Dans sa nouvelle « Svarmo », Claire Garand met en scène des otaries et un requin. Elle ne nomme jamais leurs espèces, mais elle ébauche leurs descriptions avec les bons détails pour les reconnaître et ne pas les confondre, les unes avec les phoques, et l’autre avec une orque.
Du beau boulot d’écriture, tant dans la forme que pour la maîtrise naturaliste du sujet. Nul doute que Claire s’y connaît en esquisse descriptive et en otarie !
Et vous, savez-vous différencier une otarie d’un phoque ? Et un requin d’une orque ?
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Les otaries versus les phoques
Dans la nouvelle de Claire, Svarmo nage et plonge dans la mer, sort sa tête de l’eau, a des moustaches, et regarde la colonie des ses congénères assoupie au soleil sur des marches de basalte.
Sans conteste, Svarmo est un mammifère semi-marin du type phoque ou otarie (les biologistes diraient un « pied palmé », un pinnipède).

Mon dictionnaire en ligne préféré - à savoir : le Trésor de la Langue Française Informatisée (TLFI) - propose la définition suivante de « otarie » :
OTARIE, subst. fém.
ZOOL. Mammifère marin pinnipède, au corps fusiforme, à la tête petite, allongée, pourvue de petits pavillons auriculaires, aux membres courts, terminés par des doigts palmés en forme de nageoires, habitant l'Océan Pacifique et les mers du Sud. Synon. lion, ours marin, de mer. Aboiements de l'otarie; otarie jongleuse. Cet après-midi je regardais les otaries. Je les aime bien parce qu'elles luisent comme des morceaux de caoutchouc mouillé. Elles tournaient en rond sous l'eau, montrant leurs têtes toutes les deux minutes pour respirer (MAUROIS, Climats, 1928, p.144)
Le petit détail, immanquable lorsqu’on observe ce genre d’animal de pas trop loin, ce sont les oreilles. Ou, plus exactement, les « pavillons auriculaires » comme le dit le dico, parce que les autres mammifères marins - notamment les phoques - ont aussi des oreilles, mais sans pavillon, juste des « trous ».
Et il se trouve que dans la nouvelle, Swarmo possède « de petites oreilles noires à peine détachées du crâne ».
Les otaries et les phoques ont bien d’autres différences - les nageoires, leurs tailles, leurs comportements sociaux, leurs habitats,… - mais, vrai, qu’ils se ressemblent beaucoup à première vue - leurs corps de pinnipèdes (fusiformes, aux membres palmés), leurs têtes de « chiens » ou de « lions » marins, leurs colonies se partageant entre la pêche en mer et la vie sur les plages et roches littorales.
Ce sont les oreilles qui font immédiatement la différence.
Les prédateurs des otaries : les orques et les grands requins
Un prédateur attaque Swarmo dans la mer, il est introduit dans le texte comme « un long fuselage blanc et gris foncé, taillé à la serpe ».

ou

Les plus connus des prédateurs marins d’otarie sont l’orque et le grand requin blanc.
Le « long fuselage blanc et gris » peut convenir aux deux puisqu’il n’est pas dit comment le blanc et le gris sont répartis : en taches pour les orques, en dos et ventre pour le requin ?
Le foncé du gris oriente plutôt vers l’orque, si on se réfère au nom « requin blanc ».
Mais « taillé à la serpe » est en faveur du requin, les formes rondes des orques ne s’y prêtant guère.
Puis, il est mentionné que « le poursuivant fend l’air et l’aileron raide de sa queue bat la mer en neige ». Les sauts hors de l’eau sont réputés chez les orques, mais les ailerons, surtout raides quand ils se réfèrent à la queue, sont plutôt l’apanage des requins (la queue des orques n’est pas « raide » au sens de dressée verticalement, elle est souple et horizontale relativement au corps).
C’est la phrase suivante qui remporte l’affaire : « Svarmo vire soudain, frôle la peau rugueuse qui lui râpe la chair, puis passe sous le ventre d’un blanc pur. »
La répartition des couleurs est désormais établie, et ce sont les requins qui ont une peau aussi râpeuse que la langue d’un tigre (bien pire que celle de votre chat). (Et si vous vous demandez comment je suis passée des requins aux tigres, eh bien, je n’en sais trop rien moi-même, mais c’est intéressant de savoir que vous risquez littéralement votre peau quand un tigre vous léchouille amicalement, non ?).
La nouvelle « Swarmo » relate donc l’attaque d’une otarie par un grand requin blanc et son réalisme jusqu’au moindre détail la rend très savoureuse (Oups, pardon, Swarmo).

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Références et crédits
Contributeurs : Macada, Svarmo, ses potes, et son chasseur (dans « Svarmo », nouvelle de Claire Garand)
Références documentaires :
• Dictionnaire : le Trésor de la Langue Française Informatisée (TLFI), Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) sous l’égide du CNRS et de l’Université de Lorraine, 1994 (http://atilf.atilf.fr/tlfi.htm)
• « Différences entre phoques et otaries », IFAW (International Fund for Animal Welfare), depuis 1969 (https://www.ifaw.org/fr/journal/difference-phoques-otaries)
• Le grand requin blanc, fiche descriptive de Océanes, agence de voyages de plongée : (https://www.oceanes.com/les-requins-grand-requin-blanc-167-s.html)
(Je ne mets que ces 3 références mais pas de souci pour se noyer dans la doc sur le sujet, le web en est plein…)
Images :
• la colonie d’otaries : photo de Beth Fitzpatrick (pexels)
• l'otarie seule : à partir d’une photo de Ethan Brooke (pexels)
• le phoque : à partir d’une photo de Merilis (pexels)
• le grand requin blanc (en aquarium) : photo de Terry Goss (Wikipedia, CC BY 2)
• l'autre grand requin blanc (détouré) : à partir d’une photo de flutie8211 (pixabay)


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